Nutrition

Manger du poisson deux fois par semaine sans augmenter son exposition au mercure

Élisabeth Dufresne 7 min de lecture
Quels poissons manger : sardines, anchois, hareng, sans mercure

Publié par : — Rédactrice spécialisée en nutrition

Relu, corrigé et validé par : Nicolas Richard — Rédacteur en chef

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Pour profiter des protéines et des oméga-3 tout en limitant le mercure et la pression sur les océans, privilégiez les petits poissons, variez les espèces et lisez leur origine. Sardines, anchois, harengs, maquereaux, merlus et tacauds offrent de bons repères, à condition de ne pas acheter toujours le même poisson ni auprès de la même pêcherie.

Les poissons à mettre le plus souvent au menu

Une consommation de poisson deux fois par semaine, soit environ 150 g hebdomadaires, est couramment retenue pour profiter de ses protéines et de ses acides gras oméga-3. L’objectif n’est pas de trouver une espèce parfaite. Alternez plutôt les poissons gras et les poissons maigres, les arrivages locaux et les espèces moins demandées.

Infographie sur quels poissons manger : espèces à privilégier, poissons à limiter et critères de choix responsable
Infographie sur quels poissons manger : espèces à privilégier, poissons à limiter et critères de choix responsable
Espèces Atout principal Pourquoi les choisir
Sardine, anchois Oméga-3 Petits poissons, généralement moins exposés à l’accumulation de mercure.
Maquereau, hareng Oméga-3 et protéines Poissons gras intéressants à intégrer en alternance.
Merlu, tacaud, merlan bleu Protéines Espèces moins mises en avant que le saumon ou le cabillaud, utiles pour diversifier les achats.
Goberge, omble Variété Options à envisager selon l’origine, la saison et la méthode de production indiquées.

Pourquoi les petits poissons ont un avantage

Au fil de la chaîne alimentaire, un prédateur mange de nombreuses proies et peut accumuler davantage de contaminants, dont le mercure. Les petits poissons situés plus bas dans cette chaîne ont généralement une durée de vie plus courte et concentrent moins ces substances. Ce principe ne dispense pas de varier les achats, mais il explique pourquoi les sardines, les anchois et les harengs sont souvent privilégiés.

Un poisson joue aussi un rôle dans l’écosystème marin. Il relie le plancton, les espèces prédatrices, les oiseaux marins et parfois l’alimentation animale. Choisir plus souvent des espèces de petite taille ne signifie donc pas les consommer sans limite. Il faut aussi regarder leur pêcherie et préserver leur place dans le réseau marin. Une assiette équilibrée alterne les espèces au lieu de se concentrer sur une seule référence présentée comme idéale.

Les poissons à limiter pour réduire l’exposition au mercure

Les grands poissons prédateurs méritent une consommation plus occasionnelle. Leur taille, leur longévité et leur place élevée dans la chaîne alimentaire favorisent une exposition potentiellement plus importante aux métaux lourds. Cette précaution concerne particulièrement les femmes enceintes, les jeunes enfants et les personnes qui mangent fréquemment du poisson.

Méthylmercure : les poissons à limiter pour protéger sa santé — L’Anses explique les risques liés au méthylmercure et recommande les poissons à éviter ou à consommer avec modération.

  • À limiter : les grands prédateurs, notamment le thon selon son espèce et son origine, l’espadon et les requins.
  • À ne pas banaliser : les portions répétées d’une même espèce, même lorsqu’elle est appréciée pour ses oméga-3.
  • À diversifier : le saumon, le cabillaud, le thon et les crevettes, très présents dans les rayons et donc fortement sollicités.

Le saumon peut trouver sa place dans une alimentation variée, mais il ne devrait pas devenir le réflexe unique. Pour l’environnement comme pour le budget, alterner avec le hareng, le maquereau, le merlu ou le tacaud répartit la demande entre plusieurs filières. La distinction entre poisson sauvage et poisson d’élevage compte également. L’étiquette doit permettre d’identifier le mode de production et l’origine, sans conclure automatiquement qu’un modèle est toujours préférable à l’autre.

Choisir un poisson durable : les informations à lire en magasin

Un nom commercial séduisant ne renseigne ni sur l’état du stock ni sur les conditions de capture. Face à l’étal ou au rayon frais, prenez quelques secondes pour lire l’étiquette. La traçabilité est plus utile qu’une promesse vague de naturalité, car elle permet de comparer des produits selon des informations concrètes.

La checklist d’une étiquette utile

  • L’espèce précise : « thon » ou « saumon » ne suffit pas toujours pour comparer les produits.
  • La zone de pêche ou le pays d’élevage : cette indication renseigne sur l’origine réelle du poisson.
  • La méthode de production : le produit est-il pêché ou élevé ? Pour un poisson sauvage, l’engin de pêche peut aussi être indiqué.
  • La fraîcheur et la saison : un arrivage local et de saison s’accorde souvent mieux avec une consommation raisonnée.
  • Le label éventuel : il apporte une information supplémentaire, mais ne remplace pas la lecture de l’origine et de la méthode de pêche.

Ligne, chalut et pêche artisanale : ce qui change

La pêche à la ligne est une méthode sélective. Elle cible davantage les prises et limite les captures accidentelles. À l’inverse, le chalutage peut déplacer les sédiments et exercer une pression sur les habitats marins, notamment lorsqu’il concerne les fonds. Il faut toutefois éviter les raccourcis : l’impact dépend aussi de la zone, de l’espèce ciblée, de l’engin utilisé et de la gestion de la pêcherie.

La mention « pêche artisanale » ne suffit pas non plus à évaluer un produit sans connaître l’espèce, la zone et la technique employée. Lorsque c’est possible, demandez au poissonnier l’origine exacte et la méthode de capture. Ces précisions complètent les informations de l’étiquette et permettent de choisir selon vos priorités, qu’il s’agisse de limiter le mercure ou de réduire l’impact sur les habitats marins.

Grossesse et enfants : privilégier la prudence sans supprimer le poisson

Les femmes enceintes et les jeunes enfants ont intérêt à privilégier les espèces de petite taille, à faible exposition au mercure, comme la sardine, l’anchois, le hareng ou le merlu. Le poisson apporte des nutriments intéressants, mais la variété protège mieux qu’une consommation répétée de gros prédateurs.

Pendant la grossesse, le poisson cru doit être écarté selon les précautions alimentaires habituelles. Les préparations doivent être soigneusement conservées et cuites. Pour un enfant, prévoyez une portion adaptée à l’âge, retirez les arêtes avec soin et alternez les espèces. Ces habitudes réduisent la répétition des mêmes expositions tout en maintenant le poisson dans l’alimentation.

En cas de doute particulier, notamment avec une consommation élevée de poisson ou une situation médicale spécifique, un professionnel de santé ou une diététicienne peut personnaliser le conseil. Cette démarche est préférable à l’exclusion systématique du poisson, qui apporte des protéines et des oméga-3.

Réduire la pression sur les océans en variant réellement ses achats

Le choix d’un poisson dépend de l’espèce, mais aussi de la fréquence et de la diversité des achats. Selon le WWF, 35 % des stocks halieutiques mondiaux sont surexploités, et cette proportion atteint 58 % en Méditerranée. Acheter toujours les mêmes espèces, souvent importées, accentue la pression sur quelques filières.

En France, le WWF indique que 24 kg sur 35 kg de poisson consommés par an sont importés. Sans renoncer systématiquement au poisson importé, privilégier un arrivage proche lorsqu’il est disponible permet de mieux connaître l’origine et de découvrir des espèces locales. Chez le poissonnier, demandez simplement : « Qu’est-ce qui est de saison et moins demandé aujourd’hui ? » Cette question peut orienter vers le merlan bleu, le tacaud, le hareng ou le merlu.

La saison ne suffit pas à juger l’ensemble de l’impact, mais elle aide à sortir des espèces disponibles toute l’année dans les mêmes formats. L’origine et la méthode de production restent à vérifier sur l’étiquette. Selon la réponse du professionnel, vous pouvez ensuite comparer un poisson local avec un produit importé ou choisir une autre espèce moins sollicitée.

Enfin, consommer de façon responsable ne consiste pas à multiplier les achats labellisés. Il s’agit aussi d’acheter une quantité raisonnable, de cuisiner l’intégralité du produit et d’éviter le gaspillage. Un filet de merlu au four, des sardines grillées ou un hareng accompagné de légumes de saison peuvent être simples, nourrissants et plus diversifiés qu’un repas centré chaque semaine sur le même poisson.

Élisabeth Dufresne
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