Chute en EHPAD : les signes d’alerte à repérer avant tout relevage
Publié par : Élisabeth Dufresne — Rédactrice spécialisée en EHPAD
Après une chute en EHPAD, la priorité est d’évaluer l’état du résident, pas de le remettre debout immédiatement. Même sans blessure visible, une évaluation soignante et une surveillance adaptée sont nécessaires. La prise en charge doit ensuite permettre de comprendre l’événement et de prévenir une récidive, sans sacrifier l’autonomie de la personne.
Résident au sol : sécuriser, évaluer et alerter avant de relever
Lorsqu’un résident est retrouvé au sol, les circonstances restent parfois inconnues : chute mécanique, malaise ou perte de connaissance. Ne pas présumer qu’il a simplement trébuché permet de rechercher une cause médicale et un traumatisme, plutôt que de se concentrer uniquement sur le relevage.

Les premiers gestes et les signes de gravité
Rester auprès de la personne, la rassurer et appeler l’infirmier ou les renforts prévus par le protocole constituent les premières étapes. Vérifier sa réponse et sa respiration, puis rechercher une douleur, un saignement, une déformation ou un changement inhabituel de comportement. Éviter les mobilisations inutiles, particulièrement en cas de suspicion de fracture ou de traumatisme du dos ou du cou.
- Urgence immédiate : absence de respiration normale, inconscience, difficulté respiratoire, saignement important ou signes neurologiques nouveaux. Appeler le 15 ou le 112 et suivre les consignes du régulateur.
- Avis médical rapide : douleur importante, impossibilité de mobiliser un membre, suspicion de fracture, malaise, choc crânien ou circonstances inexpliquées.
- Vigilance renforcée : traitement anticoagulant, notamment après un choc crânien possible, ou temps au sol supérieur à une heure. Ces éléments doivent être signalés au médecin.
Le relevage intervient après cette évaluation, selon l’état du résident et les consignes reçues. Il doit être réalisé par des professionnels formés, avec une aide technique si nécessaire, sans tirer la personne par les bras. Un proche ne doit pas tenter seul de la remettre debout.
Une surveillance qui se poursuit après le relevage
L’absence de plainte immédiate n’exclut pas une complication. L’infirmier organise la surveillance post-chute selon l’évaluation médicale et le protocole : conscience, douleur, constantes vitales, mobilité et apparition de signes neurologiques. Une somnolence inhabituelle, des vomissements, une confusion nouvelle ou une aggravation douloureuse imposent une nouvelle alerte. La fréquence et la durée de surveillance sont adaptées à chaque situation.
Comprendre ce qui a fait chuter, sans tout attribuer à l’âge
Dans sa définition d’avril 2019, la Haute Autorité de Santé (HAS) décrit la chute comme le fait de se retrouver involontairement au sol ou à un niveau inférieur à celui de départ. En EHPAD, cet événement ne constitue ni une conséquence inévitable du vieillissement ni, à lui seul, la preuve d’un défaut de surveillance.
Un tiers des personnes âgées de plus de 65 ans chute chaque année, et la moitié après 85 ans. Ces repères concernent les personnes âgées dans leur ensemble, pas exclusivement les résidents d’EHPAD. Après une première chute, le risque de retomber est multiplié par 20 : l’événement doit donc déclencher une réévaluation. Les chutes répétées correspondent à 2 chutes dans un intervalle de 6 à 12 mois.
Les causes s’additionnent souvent : faiblesse musculaire, troubles de l’équilibre, baisse visuelle, troubles cognitifs ou besoin pressant d’aller aux toilettes. Une infection, une déshydratation ou une hypotension peuvent aussi modifier brutalement les capacités habituelles. La polymédication mérite une attention particulière, notamment lorsque des médicaments entraînent somnolence ou baisse de tension.
| Situation observée | Piste à explorer | Réponse à envisager |
|---|---|---|
| Vertiges au lever | Hypotension, hydratation, traitement | Évaluation infirmière et médicale, adaptation des transferts |
| Somnolence inhabituelle | Médicament sédatif ou problème aigu | Avis médical et révision des prescriptions |
| Chute sur le trajet des toilettes | Urgence urinaire, éclairage, obstacle | Accompagnement anticipé et cheminement dégagé |
| Déambulateur laissé à distance | Accessibilité, réglage ou difficulté d’utilisation | Évaluation par un rééducateur et apprentissage adapté |
Tracer les faits pour assurer la continuité des soins
La transmission orale est indispensable, mais elle ne remplace pas l’écrit. Le dossier du résident doit permettre de reconstituer l’événement et les décisions prises. La fiche interne d’événement indésirable complète cette traçabilité selon la procédure de l’établissement ; elle ne remplace pas les observations cliniques.
Il faut distinguer ce qui a été observé, ce que rapporte le résident et ce qui reste inconnu. Écrire « retrouvé au sol près du fauteuil » est plus juste que « a glissé du fauteuil » si personne n’a assisté à la chute.
- Date, heure de découverte, lieu, témoins et dernière présence connue si elle est utile.
- Position du résident, environnement, chaussures et aide à la marche présente ou non.
- Propos recueillis, douleurs, blessures, état de conscience et paramètres mesurés.
- Professionnels alertés, horaires, consignes médicales et soins réalisés.
- Modalités de relevage, surveillance décidée, évolution et information des proches.
Le médecin traitant ou le médecin de garde est sollicité selon la situation ; le médecin coordonnateur contribue au suivi et à la prévention. La personne de confiance et les proches sont informés selon les souhaits du résident et les règles applicables. En cas d’événement grave, la direction examine les obligations de signalement externe : toute chute ne relève pas automatiquement de la même déclaration.
Réduire le risque sans immobiliser le résident
L’évaluation débute dès l’admission, puis se renouvelle régulièrement, après une chute, une maladie ou un changement de traitement. Elle associe l’histoire des chutes, la marche, les transferts, la vision, la cognition, la nutrition et les habitudes de vie. Un score éventuel soutient le jugement clinique sans le remplacer.
Dans la chambre et les circulations, les mesures doivent répondre aux difficultés réelles : supprimer les tapis mobiles, dégager les passages, assurer un éclairage accessible, installer des appuis adaptés et garder le bouton d’appel à portée. La hauteur du lit et du fauteuil doit faciliter les transferts. Les sols antidérapants et une douche sans seuil contribuent également à sécuriser les déplacements.
Une aide à la marche doit servir de béquille à l’autonomie, pas devenir un obstacle supplémentaire. Un déambulateur parfaitement réglé mais rangé derrière le fauteuil reste inutilisable au moment décisif. Observer un trajet réel, du lit aux toilettes, permet de vérifier l’accès à l’aide, la possibilité de tourner et l’ouverture des portes : cette observation révèle parfois ce qu’une simple inspection de la chambre manque.
Le médecin réévalue les traitements sans arrêt improvisé par l’équipe ou la famille. Les rééducateurs travaillent la force, l’équilibre et les transferts. La contention et les barrières de lit ne constituent pas une réponse systématique : elles peuvent créer d’autres dangers et nécessitent une évaluation individualisée.
Après la chute, restaurer la confiance et vérifier les progrès
Une chute peut entraîner fracture ou traumatisme, mais aussi peur de marcher et perte d’autonomie. Le syndrome post-chute peut associer anxiété, déséquilibre et difficultés à reprendre la station debout. Un retrait marqué, un refus alimentaire ou une dégradation générale, parfois qualifiés de « syndrome de glissement », exigent une évaluation médicale plutôt qu’une attribution à l’âge.
L’équipe organise une reprise progressive et accompagnée des déplacements, adaptée aux capacités et aux consignes médicales. Les proches peuvent aider en encourageant des objectifs concrets, sans minimiser la peur ni pousser la personne à marcher seule trop tôt.
L’analyse pluridisciplinaire recherche enfin les facteurs contributifs, sans désigner un coupable : état clinique, environnement, disponibilité des aides, transmissions et organisation. Un comité de retour d’expérience (CREX), une revue de morbidité et de mortalité (RMM) ou la méthode ALARM peuvent structurer cette démarche selon l’événement.
Chaque action doit avoir un responsable et une date de réévaluation. Vérifier les nouvelles chutes ne suffit pas : il faut aussi suivre les douleurs, la mobilité et la confiance retrouvée. Un résident qui ne tombe plus parce qu’il ne quitte plus son fauteuil n’a pas nécessairement gagné en sécurité.
