Santé

Apnée du sommeil : ces remèdes de grand-mère soulagent, mais ne traitent pas les apnées

Élisabeth Dufresne 7 min de lecture
Apnée du sommeil remède de grand-mère : coussin et lavage nasal pour soulager la gêne

Ronflements sonores, réveils avec une sensation d’étouffement, fatigue au matin ou somnolence au volant : chercher un remède de grand-mère contre l’apnée du sommeil est compréhensible. Certaines habitudes peuvent réduire les facteurs aggravants, améliorer le confort nasal et favoriser un sommeil plus régulier. Elles ne suppriment toutefois pas les interruptions respiratoires, surtout lorsqu’elles sont fréquentes.

Ce que les solutions naturelles peuvent réellement changer

L’apnée obstructive du sommeil survient lorsque les voies aériennes supérieures se ferment partiellement ou totalement pendant la nuit. La langue, le palais mou et les tissus de la gorge se relâchent. L’air circule moins bien, puis le cerveau provoque un micro-réveil pour relancer la respiration. Ce mécanisme explique les ronflements, le sommeil fragmenté et la fatigue pendant la journée.

Ce qu’il faut retenir sur l’apnée du sommeil

Les remèdes maison agissent surtout sur les facteurs aggravants : position sur le dos, congestion nasale, alcool le soir, tabac, surpoids ou faible tonicité des muscles de la bouche et du pharynx. Ils peuvent accompagner une prise en charge, mais ne remplacent ni un diagnostic ni un traitement prescrit.

La sévérité se mesure notamment avec l’IAH, l’indice d’apnées-hypopnées par heure. Au-delà de 30 événements par heure, une pression positive continue, ou PPC, est habituellement recommandée. Elle peut aussi être indiquée entre 15 et 30 événements par heure en cas de somnolence importante. Reporter le bilan n’est pas anodin : un syndrome non traité multiplie par 3 le risque d’accident de la route et est associé à des risques cardiovasculaires, notamment l’hypertension, l’AVC et l’infarctus.

Les gestes à tester dès ce soir, sans promesse excessive

Quitter la position sur le dos

Dormir sur le dos favorise la chute de la langue vers l’arrière de la gorge et augmente le risque d’obstruction. La position latérale est donc souvent le premier changement à essayer. Une astuce populaire consiste à placer une balle de tennis dans une poche cousue au dos d’un haut de pyjama. L’inconfort incite à se retourner sur le côté. Cette méthode peut aider lorsque les apnées sont surtout positionnelles, mais elle ne convient pas en cas de douleurs à l’épaule ou au dos, ni lorsque le sommeil est très agité.

Schéma du mécanisme de l’apnée du sommeil et des voies aériennes obstruées
Schéma du mécanisme de l’apnée du sommeil et des voies aériennes obstruées

Pour conserver plus facilement cette position, choisissez un oreiller qui maintient la nuque dans l’axe et placez un coussin entre les genoux. Le but n’est pas d’empêcher tous les mouvements pendant la nuit, mais de réduire les longues périodes en décubitus dorsal.

Alléger ce qui relâche ou irrite la gorge

L’alcool pris le soir, les somnifères, les sédatifs et certaines benzodiazépines accentuent le relâchement des muscles du pharynx. Ne modifiez jamais seul un traitement, mais signalez vos ronflements et votre fatigue au médecin qui l’a prescrit. Éviter l’alcool au dîner et demander conseil sur les médicaments pris le soir sont des précautions simples.

Le tabac entretient aussi l’inflammation des voies respiratoires. Les fumeurs sont 3 fois plus susceptibles de souffrir d’apnée obstructive que les non-fumeurs. Arrêter de fumer ne traite pas immédiatement les apnées, mais peut améliorer le passage de l’air et apporte des bénéfices qui dépassent la question du sommeil. Enfin, un dîner léger pris 2 à 3 heures avant le coucher limite l’inconfort digestif et le reflux nocturne chez les personnes concernées.

Viser une perte de poids progressive si elle est indiquée

Le tissu adipeux situé au niveau du cou peut exercer une pression supplémentaire sur les voies respiratoires. Lorsqu’un surpoids est présent, une diminution de 10 % du poids corporel réduit les symptômes de 26 %, selon Peppard et al. (2000). Il n’est pas nécessaire de suivre un régime brutal : une évolution progressive, accompagnée si besoin par un professionnel, est plus réaliste et plus sûre. Même en cas d’amélioration nette, un contrôle médical reste nécessaire pour vérifier l’évolution réelle des apnées.

Rééduquer la langue et la gorge : une piste concrète

Les exercices oropharyngés cherchent à renforcer la langue, les joues, le palais mou et les muscles qui participent au maintien de l’ouverture de la gorge, dont le génioglosse. Ils demandent de la régularité. Leur intérêt repose sur une pratique répétée, et non sur une séance isolée avant de dormir.

Un petit protocole de tonicité à intégrer à la journée

Commencez par plaquer toute la langue contre le palais pendant quelques secondes, puis relâchez. Répétez ensuite le mouvement en faisant glisser la pointe de la langue d’avant en arrière sur le palais. Vous pouvez aussi prononcer lentement et avec application les voyelles, puis presser la langue contre une cuillère tenue devant les lèvres. Ces exercices ne doivent provoquer aucune douleur à la mâchoire ou à la langue. En cas de gêne, un orthophoniste, un dentiste ou un médecin peut vous aider à adapter la pratique.

Les muscles de la langue et du palais participent au maintien de l’espace aérien lorsque le corps se relâche pendant la nuit. L’objectif n’est pas de forcer la gorge, mais de travailler une tonicité coordonnée, avec une respiration calme et une mâchoire détendue.

Dans l’étude de Guimarães et al. (2009), les exercices de la gorge et du palais mou ont réduit l’apnée du sommeil de 39 %. Le chant et la pratique d’un instrument à vent comme le didgeridoo sollicitent également cette zone musculaire. Ils peuvent compléter les autres habitudes, sans remplacer la PPC lorsqu’elle est nécessaire.

Tisanes, huiles et nez bouché : chercher le confort, pas un traitement

Les plantes et les huiles essentielles sont souvent présentées comme des remèdes de grand-mère contre l’apnée du sommeil. Il faut distinguer l’apaisement au moment du coucher du traitement de l’obstruction : aucune tisane ne maintient mécaniquement les voies aériennes ouvertes pendant une apnée.

Option Ce qu’elle peut apporter Limite à garder en tête
Camomille, valériane, passiflore Un rituel du soir apaisant et une détente subjective. Ces plantes ne traitent pas le syndrome d’apnées du sommeil.
Lavande Une ambiance olfactive propice à la relaxation. Elle ne remplace ni le dépistage ni un appareil de PPC.
Eucalyptus ou menthe poivrée Une sensation de nez plus dégagé en cas de congestion. Ces produits ne conviennent pas à tout le monde et ne désobstruent pas une gorge qui s’affaisse.
Humidification et lavage nasal Un meilleur confort lorsque les muqueuses nasales sont sèches ou irritées. L’effet reste surtout symptomatique et doit être adapté en cas d’allergie ou de problème ORL.

Une chambre trop sèche peut accentuer l’irritation nasale. Un humidificateur correctement entretenu ou un lavage nasal adapté peut améliorer le confort respiratoire. Pour les huiles essentielles, la prudence reste nécessaire : elles peuvent irriter, déclencher une réaction allergique ou poser problème dans certaines situations médicales. Demandez conseil à un pharmacien, en particulier pour les enfants, pendant la grossesse, en cas d’asthme ou de traitement en cours.

Quand passer des remèdes maison au bilan du sommeil

Consultez sans attendre si un proche observe des pauses respiratoires, si vous vous endormez involontairement dans la journée, si vous vous réveillez en suffoquant ou si votre fatigue altère votre travail, votre humeur ou votre vigilance au volant. Un médecin peut vous orienter vers un enregistrement du sommeil, parfois une polysomnographie, pour mesurer les événements respiratoires et choisir une solution adaptée.

Selon le profil et la sévérité, les options comprennent la PPC, une orthèse d’avancée mandibulaire ou, dans certains cas, une prise en charge ORL ou maxillo-faciale. L’orthèse avance légèrement la mâchoire pour libérer de l’espace dans la gorge. Ce n’est pas un accessoire à acheter au hasard : son indication et son ajustement doivent être évalués par des professionnels.

Les remèdes naturels peuvent donc réduire certains déclencheurs, améliorer le confort et faciliter l’adhésion à un traitement. Si les symptômes persistent, le meilleur geste reste de ne pas banaliser ces signaux et de faire évaluer son sommeil.

Élisabeth Dufresne
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